Circuits d’approvisionnement extérieur versus local

Copie-écran - Antenne Réunion

Dans la séquence précédente on a vu que l’entreprise construisait son prix en calculant son prix de revient auquel s’ajoute une marge. Concernant le prix de revient nous avons observé la multitude d’éléments qui le composaient et qui étaient reliés aux conditions de fabrication, d’achat et d’acheminement du produit par le commerce afin de le vendre aux consommateurs finaux. Il s’avère donc important de savoir où et comment la firme de distribution s’approvisionne.

Deux circuits d’approvisionnement

Dans le cas d’une économie insulaire, telle que La Réunion, on peut schématiser deux circuits d’approvisionnement : l’approvisionnement extérieur, c’est-à-dire les produits importés, et l’approvisionnement local, c’est-à-dire, les produits fabriqués à La Réunion.

A ce propos, même si le panier bouclier-qualité-prix se compose de près de 40 % de produits fabriqués ou transformés à La Réunion, la plupart des produits vendus dans les grandes surfaces sont importés de l’extérieur de l’île surtout de métropole ou d’Europe.

Commençons par les produits provenant de l’extérieur (par exemple le dentifrice, le lait, le beurre, les lessives, …) : quelles sont les grandes étapes qui vont impacter son prix de revient ?

Prenons l’exemple d’une marchandise issue de la France hexagonale. Ce produit est acheté :

- Soit directement à un producteur en métropole (producteurs de produits frais, laitiers, de boîtes de conserves, de biscuits,...)

- Soit auprès d’un intermédiaire (Coopérative, acteur sur le marché de gros à Rungis, un opérateur privé) dans l’hexagone.

- Soit à la centrale d’achat appartenant au réseau de partenaires sur le continent.

Dès lors, le prix d’achat du produit concerné dépend des coûts de fabrication du produit en métropole, qui dépend lui-même du coût de la matière première, des capacités de l’usine qui fabrique le produit, du coût de la main d’œuvre dans la région de production, des différents coûts d’administration de l’entreprise…

Le prix d’achat

Ce prix d’achat va être plus important si des intermédiaires s’intercalent comme le grossiste et/ou la centrale d’achat situés en métropole. Le prix de revient sera donc enflé par ces chaînons supplémentaires éventuels. Et ceux-ci ne sont pas les seuls, puisqu’il faudra aussi augmenter le prix de revient des frais d’acheminement du produit de l’usine ou de l’intermédiaire vers les ports ou aéroports afin d’y être envoyé vers La Réunion.

Car effectivement, le produit va devoir être acheminé vers l’île. Et ce long périple de près de 9 000 km ou d’une vingtaine de jours n’est pas neutre pour le produit importé encore plus si le transport est effectué plus rapidement par avion (notamment pour une partie des produits frais et fragiles). Par bateau, le coût de ce transport dépend généralement du volume des marchandises transportées : il n’est évidemment pas le même selon que vous mettez une seule marchandise dans un container (comme une grosse machine) ou si vous y mettez des milliers de brosses à dents ou de boîtes d’allumettes.

A l’effet volume, il faut aussi prendre en compte le coût du fuel qui est mis dans le bateau et les frais associés à la compagnie maritime, celui des assurances pour transporter les marchandises, et celui de la location des containers (ces 6 derniers mois, il a été multiplié par 6 !), sans oublier les coûts liés au service rendu par le transitaire…A ce stade, on n’a pas ajouté les différentes taxes !

Cette explication du circuit d’approvisionnement de l’extérieur permet de comprendre que cet acheminement entraîne une cascade d’étapes qui viendront impacter à la hausse le prix de revient du produit importé. On est alors tenté de poser la question : est-ce que cela ne coûte par moins cher de produire localement ?

Même si cela peut être tentant, la réponse n’est pas si triviale.

Pour le produit péi

En effet, pour le produit fabriqué à La Réunion, on retrouve plusieurs chainons de coûts similaires de la chaine d’approvisionnement externe.

- Des coûts de fabrication du produit, dans l’usine réunionnaise ou dans le champ du cultivateur loca dans les hauts de l’île par exemple.

- A ce prix initial de fabrication, il faut ajouter un coût de transport vers le magasin ou vers la centrale d’achat locale. Les distances étant courtes à La Réunion on peut dire que ce coût d’acheminement/livraison locale reste modeste.

A ce stade, on peut croire, que le tour semble joué puisque l’approvisionnement local évite plusieurs étapes, plusieurs intermédiaires et notamment les coûts d’acheminement et peut être certaines taxes jusqu’à La Réunion ! On devrait donc tout produire localement !

Malheureusement la réalité n’est pas simple !

Localiser une production ne dépend pas uniquement de...

En fait, localiser une production ne dépend pas uniquement de la fierté à produire dans son territoire et cela même si on évoque souvent aujourd’hui la dimension de souveraineté…Les territoires se spécialisent dans une production ou les entreprises produisent en fonction d’autres facteurs que la seule fierté ou le hasard. Sans rentrer dans les détails, il y a intérêt à produire dans un territoire si celui-ci possède un avantage particulier (ressources rares, faible coût d’un facteur, etc…) afin de saisir cet avantage. Pour La Réunion, on va supposer que cette première explication n’est pas celle qui prévaut. L’île ne dispose pas réellement d’avantage spécifique. Un autre intérêt à fabriquer dans un territoire est que la firme peut y produire dans des conditions compétitives lui permettant de faire face à la concurrence. Même si cela n’est pas évident, cela laisse entrevoir une possibilité pour certaines entreprises réunionnaises. En effet, leurs productions peuvent être rendues compétitives grâce à de nombreux soutiens permettant de compenser plusieurs facteurs qui eux, au contraire, entravent cette compétitivité. Lesquels ? Voyons cela d’un peu plus près.

Une question de... "taille"

Ainsi, la taille du marché de La Réunion (860 000 habitants en 2021) est trop petite pour permettre aux entreprises locales de produire dans des conditions aussi efficaces que leurs homologues situées sur des marchés plus vastes de plusieurs millions de consommateurs comme la métropole, l’Europe ou d’autres pays continentaux. C’est ce qu’on appelle les effets des économies d’échelle dans le jargon des économistes. En outre, nous n’avons pas toutes les matières premières ou les biens intermédiaires pour produire. Par ailleurs, la même machine qui sera amortie sur une plus petite échelle de production aura un coût d’approche plus élevé du fait de l’éloignement par rapport à son lieu de fabrication.

Et puis, le consommateur est libre de consommer ce qu’il veut…Et sera toujours tenté de consommer une production non locale du fait de sa préférence pour la variété.

A ce stade on comprend donc mieux que tout ne peut pas être produit localement à des prix de revient comparables à ceux de l’extérieur. Dans la réalité les effets d’échelle sont tellement importants que malgré la chaine d’intermédiaires plus longue et les coûts de transports, le prix de revient de nombreux produits importés restera inférieur au produit similaire fabriqué sur place à La Réunion.

La fierté et la souveraineté ne peuvent donc suffire, en temps normal, à justifier de tout localiser à La Réunion. Cela ne semble pas réaliste ni avantageux (on pourrait aussi s’interroger sur le coût d’opportunité de l’allocation des facteurs pour produire ces biens dans des conditions peu efficientes).

Du ’SENS’

Ce qui n’empêche qu’acheter local peut avoir DU SENS puisque la production locale crée de la valeur pour le territoire, des emplois, des compétences et des savoir-faire. C’est d’ailleurs pour cela que depuis les années 80 une stratégie d’import-substitution a été déployée afin de soutenir la compétitivité de plusieurs productions locales en mobilisant différents mécanismes de soutiens touchant le coût des facteurs (le facteur capital avec la défiscalisation, la majoration de certaines aides comme le Crédit impôt recherche, le facteur travail avec l’abaissement voir l’exonération de certaines charges sur les salaires,…), le transport des biens intermédiaires, les taxes à l’entrée sur le territoire de l’île, les aides européennes, nationales et locales sur certaines secteurs…

Malheureusement tous ces mécanismes de soutiens ne suffisent pas à tout compenser. De plus leurs modalités de mises en œuvre sont souvent visées par le législateur qui s’interroge sur leur réelle coût ou efficacité à chaque projet de loi de finance. C’est donc un combat permanent que de vouloir maintenir un tissu productif sur une île éloignée.

Au final, si on perçoit mieux comment ces deux circuits d’approvisionnement influencent le prix de revient, le travail d’explication n’est pas achevé. Il faudra aussi tenir compte de la fiscalité et des coûts engendrés par le circuit de stockage local, via un intermédiaire comme la centrale d’achat. Mais nous verrons cela dans notre prochaine séquence !

Retrouvez l’épisode en replay.

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