10 mars à 11:05

Annalisa Guérin, bouleversée par « La Rafle », nous encourage à aller voir ce film.

« La Rafle » de Roselyne Bosch, avec Gad Elmaleh, Mélanie Laurent, Jean Réno, qui retrace la rafle du Vel d’Hiv’ en juillet 1942, sort aujourd’hui sur les écrans. Annalisa Guérin a eu la chance de voir le film en avant-première et de participer à une émission de Michel Field où elle a pu rencontrer les différents intervenants du film. « La Rafle », qui retrace une sombre période de notre histoire, et la rencontre avec ceux qui ont vraiment vécu ces événements ont énormément touché Annalisa Guérin.

Tu sembles avoir été particulièrement touchée par le film « La Rafle » ? Parles-nous de ce film.

La Seconde Guerre Mondiale et nécessairement la question juive sont des thèmes que nous avons tous abordé à travers nos manuels d’histoire au Lycée. Il est difficile d’être indifférent à cette période historique qui en dit long sur la construction de notre histoire contemporaine. On parle souvent des juifs et de la responsabilité allemande en oubliant que les français ont également collaboré à la déportation de ces milliers de victimes.

 

Une des scènes marquantes du film (admirablement retranscrite au regard des documents d’archives de l’époque), c’est le rassemblement des plus de 13 000 juifs au sein du vélodrome d’Hiver avant de les envoyer aux camps. La plus grande arrestation massive de juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est une scène chargée d’émotion tant on ressent réellement le poids de l’histoire et la cruauté du genre humain face à ses semblables. Des hommes, des femmes, des enfants, des personnes âgées, des malades ... entassés les uns sur les autres comme des bêtes, sans vivres, sans eau ... Des conditions sanitaires déplorables ... Ils sont d’ores et déjà déshumanisés et ce n’est qu’un avant "goût" des camps de concentration où l’homme devient pour Primo Levy "un animal". Rescapé du camp d’Auschwitz, Primo Levy, autre témoin de son vivant, explique très bien cette dégradation de la condition humaine dans son ouvrage Si c’est un homme publié après la Libération. Ouvrage que je conseille à tous ceux qui souhaiteraient partager son témoignage, devoir de mémoire ... 

Le choix des acteurs est excellent. Chaque personnage donne une dimension particulière au film. Nul besoin de rajouter en cruauté, nul besoin de nous emmener jusqu’aux camps d’extermination ... Le film se suffit à lui même pour comprendre et ressentir l’horreur d’un système. Les enfants apportent une profondeur incroyable au contexte historique. Il ne faut pas non plus oublier que c’est la première fois en France que des enfants (de moins de seize ans) feront l’objet d’une arrestation massive. Tout se passe à travers leur regard, celui de l’innocence. L’enfant qui croit que le spectacle va commencer quand les lumières du vélodrome s’éteindront, alors qu’elles ne s’éteindront pas et qu’ils seront - eux - l’objet d’un théâtre de massacre ...




Comment s’est passée ta rencontre avec les différents intervenants du film ?


Durant l’émission, je me suis adressée à Joseph Weismann, rescapé du Vel d’Hiv dont l’histoire est retracée dans ce film. C’est tellement émouvant d’avoir en face de soi cet homme, fort de courage, qui à l’âge de 11 ans s’est évadé d’un camp en laissant derrière lui sa famille. Séparé de ses parents et autres frères et soeurs, livré à lui même et conscient du sort qui leur est destiné. Dans son regard, on ressent la douleur, celle d’une blessure qui ne cicatrisera jamais. Et pourtant, il a encore cette force de nous dire "La vie réserve de belles surprises, elle vaut la peine d’être vécue ...". Mais cette blessure reste malgré tout et ne guérira pas.
La première fois qu’il s’est rendu sur le tournage du film "La Rafle" de Roselyne Bosch, il est arrivé à Abbesses dans le 18ème arrondissement de Paris, là où il vivait avec ses parents au début de la guerre. Ici ont été tournés le début du film et la scène de l’arrestation. Evidemment tout, dans les moindres détails, les bus, les rues et les costumes reflétaient l’époque. Il nous a confié qu’il s’était effondré, qu’il n’avait pu contenir ses larmes. Il se revoyait dans les allées avec sa famille. C’est dur, tellement dur.

 

Quant à Hugo, jeune acteur qui interprète le rôle de Joseph Weismann, il m’a littéralement bouleversé. Adorable bout de chou. Son premier rôle, difficile pour un môme de 10 ans, interprété avec autant de charisme et d’innocence ... Lui, a donné une dimension émotionnelle singulière au film.
J’ai été le voir et je lui ai dit combien nous avions tous été touchés par son interprétation. Avec un sourire timide, il m’a remercié en me disant que c’était un honneur pour lui de jouer le personnage de M.Weismann avec qui il a entretenu des liens particuliers durant le tournage de "La Rafle". Et qu’il savait que c’était important de transmettre son message ... Impossible de ne pas sortir du plateau sans essuyer quelques larmes supplémentaires sur mon visage. J’étais chamboulée d’émotion. 

 

 

 
Ce genre de film te renforce-t-il dans ton envie d’être journaliste pour mettre en exergue certains événements, témoigner et perpétuer un devoir de mémoire ?

Bien évidement ... Qui d’autre que nous, journalistes, écrivains, historiens, réalisateurs ... peuvent transmettre ce devoir de mémoire. En tant que journalistes nous traitons l’actualité au quotidien mais cette actualité est faite d’histoire, de témoignages, d’époques révolues ... C’est tout un ensemble de choses dont nous ne pouvons pas nous écarter pour mieux comprendre et appréhender le fonctionnement de notre société. Pointer notre curiosité partout pour faire valoir la parole des autres. C’est aussi ça notre métier et c’est ce qui fait son authenticité. C’est aussi le point de vue de la réalisatrice, Roselyne Bosch (ancienne journaliste), qui explique combien il était important pour elle de réaliser ce film alors que nous avons encore la chance d’avoir l’éclairage de témoins vivants, Joseph Weismann et d’autres. Seuls eux peuvent nous dire réellement ce qui s’est passé. Les photos, les traces écrites ne suffisent pas.
Etre journaliste c’est pour moi un métier que l’on fait avant tout pour les autres ... Allez voir ce film ...

 

Voir la bande annonce du film La Rafle

 

Voir un autre article sur le film La Rafle
 

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